L'usage veut qu'un philosophe transmette sa pensée en écrivant des articles et des livres. Bien que cette pensée consiste en un réseau de concepts, il la sérialise en la transformant en un texte continu dont la longueur peut aller jusqu'à plusieurs centaines de pages. C'est là une contrainte de forme, comme l'est le haïku, l'alexandrin, ou le marbre sous le stylet du sculpteur. La forme permet d'instancier une pensée qui n'est qu'intuition avant de de devenir cette forme. La forme donnée à la pensée permet de penser « jusqu'au bout ».
Mais il y a autant de pensées différentes que de formes possibles. En choisir une revient à choisir une pensée.
Or, une philosophie linéaire, écrite sous forme d'un texte continu, possède plusieurs désavantages dont celui de brouiller les liens entre les concepts, voire d'entraîner des contradictions. La forme linéaire force le philosophe à brider sa pensée en vue de sa sérialisation.
De nombreux philosophes ont réagi à ce problème en cherchant d'autres modes d'expression. Nietzsche ou Cioran, par exemple, préfèrent s'exprimer par des collections d'aphorismes. D'autres, comme Spinoza ou Wittgenstein, vont plus loin en calquant la présentation de leurs idées sur celle des théories mathématiques. Ils les organisent en propositions numérotées contenant corollaires et scolies. Les propositions sont succinctes mais s'appuient sur celles qui les précèdent par des renvois numériques que l'on peut considérer comme des ancêtres de liens hypertextes.
Le Wikitractatus s'inspire très exactement de ce principe en l'articulant à celui des wikis: chaque concept est créé comme une entrée wiki, comportant une définition hypertextuelle. La pensée ne se déploie donc pas linéairement mais de manière réticulaire à partir d'une racine: un nuage de mots clés. Le mot le plus important de ce nuage est « azoth »: le concept alchimique médiéval qui signifie l'unité du début et de la fin.
C'est par « azoth » qu’il est conseillé de commencer la lecture du Wikitractatus.
Mais même cette porte-ci n'est pas la seule. Le Wikitractatus peut être lu dans n'importe quel sens, comme un poème dont vous êtes le héros. Son propos et processuel et contextuel. Il est produit par la déambulation du lecteur. Comme dans la philosophie de William James, le sens du Wikitractatus n'est que le produit d'un cheminement au travers de termes intermédiaires mis en relation. Il n'est pas nécessaire ni prévu que le lecteur visite toutes les entrées. Il lui suffit de suivre les liens, mot par mot, en se laissant guider par son doute.
Le Wikitractatus n'existe sur aucun support papier. Il peut être modifié en tout moment par son auteur qui accepte le caractère transitoire de ses idées, dont le le site ne reflète en tout moment que l'état actuel.
Le Wikitractatus est également disponible pour les dispositifs mobiles.
|
Pour faire référence à ceci: André Ourednik, « Qu’est-ce que c’est » in Wikitractatus, 2010. abonnement par e-mail | RSS | azoth | moteur:phpwiki |