L’azoth, pour les alchimistes, unit le A au Z, l’ alpha à l’ oméga, et l’ aleph au tav. Les premières et les dernières lettres de l’alphabet latin, grec et hébreux. L’azoth, dans ce sens est l’unité du début et de la fin.
Seul par le miracle un peu fumeux de l’alchimie peut–on espérer entendre la parole se déployer ainsi — du début à la fin, j’entends — de l’article un à sept, par exemple, et finir dans une ligne perplexe en guise de point. Comme si l’on connaissait d’avance son tracé dans quelque cosmos, comme si la logique pouvait s’extraire du néant.
Les routes ne mènent que d’aleph à aleph. Pourtant on s’évertue à les tracer dans quelque image sanctifiée, savante, péremptoire. Tu t’y perdras quoi qu’elle promette. Tu ne contourneras pas l’itinéraire quelle que soit ta route.
Il y a toujours quelque chose, bien sûr, quelque centre en dehors de l’un, il y a de quoi trouver: quelques cartes, héritées de parents reniés, dont il ne s’agirait plus que de remplir les coins sombres; quelques parchemins se dissociant en poussière sous des doigts trop avides; quelques boussoles; quelques formes au sens oublié, creusées dans la matière de nos tendres surfaces:
Les stectonites de Stonehenge, le rêve de voir le soleil se coucher à l’endroit supposé, de voir s’ouvrir les portes de l’au-delà pour entendre quelques syllabes de la parole des anciens, de voir frémir les grandes lèvres des plus enveloppantes des matrices.
De voir le temps d’un coup, de manière à ce que la route de la mort à la naissance apparaisse comme praticable dans tous les sens, pour qu’apparaissent possibles les tergiversations, les retards, que semblent pouvoir être réinvestis de nos actes les instants de cuisants regrets.
Mais il n’y a pas de tav, pas de oméga aux errances. S’en apercevant tôt ou tard, nous fuyons encore un peu en avant, puis nous arrêtons, nous disant pétrifiés de l’inutile.
C’est enfin dans l’hôtel d’Hilbert que nous trouverons demeure, là où, s’éveillant d’un sommeil léger, Cantor en camisole de force clame qu’aucun chemin ne saurait être réduit à un autre. Que l’infini ne saurait avoir de centre.
Mais partout là où l’infini s’articule à l’infini, il y a une porte, il y a un mot et le plus arbitraire des ordres : celui de l’alphabet, que l’on brassera encore un peu par jeu ou par folie.
Et de temps en temps, et tout à fait par hasard, un de nous profèrera le verbe de Dieu, sans même s’en rendre compte, pour l’oublier à l’instant. Son mot n’aura été que wikistase, songe fulgurant, éclair dissocié de son origine qui traverse et ne traverse pas les foules.
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Pour faire référence à ceci: André Ourednik, « azoth » in Wikitractatus, 15.01.2012. abonnement par e-mail | RSS | azoth |