L’identité est la part mesurable de la subjectivité: elle est faite de ces quartiers de ville dont on dit « chez soi », de titres honorifiques, et de comptes en banque.
L’identité est le masque féroce de la faiblesse du sujet, et le moyen de survie du faible. La puissance ne s’exprime que dans les friches de l’existence.
Ton identité est un puits sans fond. Il n’y a de fuite que dans les secrets de l’autre.
Dans ce qu’elle a de plus identique à toi-même, ton identité n’a pas de sens pour autrui. Elle est dans une autre dimension, orthogonale, tout à fait incommensurable à quoi que ce soit de commun. Alors tu prends la première que tu trouves, et tu l’agites en signe de bienvenue. Au bout de quelques années, tu es prêt à te battre pour elle — même pour celle-là je veux dire. Tu te fâcheras si je te rappelle où tu l’as trouvée, comme si je te parlais de la femme, comme si je te parlais de l’homme, avec qui tu as fini.
L’identité elle-même est aliénante — elle s’offre comme porte de sortie de l’aliénation mais elle est un piège. Il n’y a de liberté que dans l’indéterminé.