L’autre t’a invité dans une pièce intime et il te montre ses idoles de bronze. Tu ne les aimes pas, et tu le dis. À la fin tu ajoutes:
– Ce n’est pas contre toi.
Tu aurais mieux fait de ne rien ajouter, car voilà qui résonne comme la plus désincarnée des goûtes de haine. Comment ne serait-ce pas contre l’autre alors qu’il t’a amené ici, et que ces statues sont les siennes ? Comment pourrais-tu déprécier la demeure de l’autre sans le déprécier lui ? Il n’y a rien d’autre à piétiner, ici, que son amour pour la chose! Crois-tu que son « essence » peut-être, serait à trouver ailleurs que dans cet amour. Non! L’autre n’est que ce en quoi il croit! Et toi, lisse et gentil, tu n’es qu’un visiteur grossier, trop lâche pour offrir ton antagonisme. Tu ne montres qu’une chose: que ton dégoût est bien trop profond pour être exposé au plein jour : cet énorme dégoût que tu éprouves à l’égard de toi-même, devant l’inconsolable fait d’être ici, sans pouvoir aimer être ici.
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Pour faire référence à ceci: André Ourednik, « antagonisme » in Wikitractatus, 24.04.2012. abonnement par e-mail | RSS | azoth |