Se souvenir revient à remettre le passé en mouvement. Cela exige de se figurer le passé : de le doter d’un visage, d’un corps capable d’avancer, voire d’une certaine autonomie. Re-meber, disent les anglophones : redonner à quelque chose, au passé, des membres articulés qui lui permettent de se mouvoir, et de nous saisir.
Celui qui perd trace de son passé essaie de l’incarner par lui-même. Tu marches dans cette ville, tu retrouves cette place, ce souvenir… mais l’endroit est déjà truffé d’objets qui n’y étaient pas. D’autres, comme toi, y ont lentement rajouté des choses. Et bientôt, tu ne te souviendras plus de ce qu’il en a vraiment été.