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centre

1.

La question du centre est une question d’autorité. Hipparque et Ptolémée avaient adopté une vision géocentrique du monde. C’est leur autorité, reconnue par les astronomes pendant quatorze siècles, qui permit de perpétuer cette erreur.

Mais s’agit-il seulement d’une erreur? Pour dire que c’en est une — et que Ptolémée s’est « trompé » — il faudrait prouver qu’il existe un centre objectif de l’univers. Si tu t’y essaies, cela s’avère plus difficile qu’il n’y paraît. Bien sûr, il est plus pratique de considérer que le soleil est le centre du petit univers de nos huit planètes. De mettre la terre à sa place a forcé les astronomes médiévaux à se dépasser en ruses géométriques pour prédire la trajectoire de ces planètes sur le ciel nocturne. Ainsi, c’est surtout par simplicité de calcul qu’ils ont fini par accepter l’héliocentrisme. En d’autres termes, le soleil n’est le centre du cosmos qu’en vigueur d’une raison mécanique, bornée au ciel proche, d’une raison obsédée par le mouvement des planètes sur leurs orbites, par les cercles qu’elles dessinent et dont le soleil, oui, est bien le centre, ou presque, car le « vrai » centre de gravité entre deux corps — dont l’un orbite autour de l’autre — est en fait toujours un peu entre leurs deux centres, même si le plus gros s’en approche davantage.

On en oublierait presque qu’il existe d’autres cercles dans l’univers: d’autres orbites, d’abord, mais aussi des cercles qui n’ont rien à voir avec un mouvement de masses. Il y a par exemple un cercle du monde connu par chacun de nous, et qui s’étend des tracasseries quotidiennes jusqu’aux confins de l’univers. Le centre de ce cercle se situe sur terre, et à vrai dire, il n’y en a pas qu’un seul: il y a autant de centres de l’univers connu qu’il y a d’esprits humains. C’est, du moins, ce que nous pouvons dire si nous accordons une quelconque autorité à ces esprits.

Si nous privilégions l’autorité de la mécanique céleste, il est plus correct de dire que le soleil est le seul vrai centre.

2.

Au fur et à mesure que tu t’approches du centre, de l’endroit de la ville où ton destin bifurque, s’amplifie, les démons se font plus nombreux. Leurs visages se figent entre les barres d’appui du métro. On dirait qu’ils se moquent.

– Ils essaient de me décourager, tu dis.

C’est que tu es près du but.

3.

À défaut d’être le coeur du tout, le centre sera sa mauvaise conscience.

Pour faire référence à ceci:
, « centre » in Wikitractatus, 22.04.2012.
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