L’industrialisation est un accident géologique. Pendant plus de deux cents millions d’années du Carbonifère, du Jurassique et du Crétacé, l’énergie solaire s’accumula sous forme de charbon et de pétrole. Voilà cette énergie comprimée à l’extrême au service de l’essor technologique humain depuis un négligeable quart de millénaire.
Nous arrivons désormais à la fin de cet épisode et la question est : qu’avons-nous gagné — non seulement comme espèce mais comme planète vivante — en compétences de survie à long terme, à savoir à l’échelle de centaines de millions d’années ? Avons-nous su augmenter notre conscience de l’univers et de la matière au point de prendre le contrôle de notre destin matériel ? Avons-nous compris les processus physiques et biologiques au point de nous libérer de leurs contingences ? Non.
Nous avons brûlé l’écrasante majorité de l’énergie des éons pour nous multiplier comme des lapins, avant de nous entretuer dans deux guerres mondiales, puis nous entretuer encore, et passer un siècle à nous menacer nous-mêmes par des armes d’autodestruction massive. Nous avons laissé les tyrans des déserts s’accaparer ces gisements pour se payer des palais absurdes de pervers kitch, et des industriels pâles s’enrichir davantage encore en vendant des engins à brûler la précieuse ressource : à des analphabètes obsédés de chrome et de pneus, à des pédophiles heureux de voler low-cost jusqu’au chevet de prostituées mineures en Asie du Sud-est.
Nous aurions dû construire cent mille accélérateurs de particules et des réacteurs à fusion, dédier l’ensemble de nos efforts à la nanotechnologie. Nous défaire des religieux et des idéologues et nous éduquer les uns les autres jusqu’à la limite de l’humainement concevable, de l’humainement pensable. Ça n’a pas été fait.
L’industrialisation est une farce mortelle, le gaspillage total d’une chance unique que nous avons transformée en imbécile bombe à retardement démographique. Nous avons brûlé notre chance, et il est sans doute temps, pour nous, de disparaître en tant qu’espèce, voire en tant que planète, hélàs, en songeant que nous aurions pu, que nous aurions dû.