La foi, c’est d’ignorer pourquoi tu avances, mais d’avancer pourtant. Non pas parce qu’on t’aurait d’emblée fourni un but, mais parce que tu crois que tes actes finiront par avoir du sens. Sans voix off rassurante de manager, de prêtre, de petit-père du peuple, d’eschatologue transhumaniste, de narrateur omniscient. Juste toi et ton existence nue, et tout à énoncer.
La foi est une disposition propre à tout organisme vivant. Sa conscience que ses actions auront un effet sur le monde tel que l’organisme le conçoit. La fourmi croit que sa brindille contribue à la fourmilière. Le pouce-pied vivant sur les falaises atlantiques s’accroche pour la vie à son rocher, confiant que la houle portera de quoi manger à proximité de son bec.
La foi repose sur l’incertitude. Elle se dissout et perd tout sens à l’instant même ou l’existence de son objet est prouvée.
La foi la plus extatique consiste à croire qu’il y a quelque chose à découvrir en l’humain. « Avoir la foi », c’est croire en l’existence d’un soi de l’autre.