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/une philosophie de l’itinéraire
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stéréotype

Le stéréotype peut blesser et nous connaissons tous, à des degrés divers, les affres de la cour de récréation. 

Mais il me paraît malsain de nous complaire en prisonniers de nos blessures d’enfance. Pour peu de passer le stade de la puérile méchanceté, les stéréotypes deviennent des pivots : non seulement de l’humour, mais du théâtre de la vie entière ; ils sont des cristallisations de récurrences qui nous aident à décrypter le monde. Le langage lui-même est un agencement de stéréotypes — il n’y a pas un seul nom, verbe ou adjectif qui ne stipule la possibilité de catégoriser les phénomènes — et aucune pensée ne saurait s’en passer. 

Car un stéréotype se forme dans chaque apparaître (φαίνεσθαι), chaque venue à la lumière (φῶς) de la conscience de Platon et de ses interprètes phénoménologues. Et même quand l’analytique Peter Strawson parle d​’universel sortal, j’entends, au fond, une idée fort semblable à celle de stéréotype, comme outil de conceptualisation du réel ; sa séparation en catégories distinctes, et d’instances distinctes de chaque catégorie. Tout langage est un acte de violence catégorisante qui s’impose au réel, qui le découpe toujours arbitrairement, qui compare toujours l’incomparable. Au vu de cela, postuler qu’un stéréotype serait d’emblée « méchant » en raison de sa seule stéréotypicité est absurde. Il ne devient méchant que lorsqu’il est porteur d’un rapport de pouvoir abusif. 

Le défi est donc de déconstruire ce pouvoir sans perdre le langage et sa capacité de nommer. Et en conscientisant que nous ne parviendrons jamais de nous absoudre de la question de fabrication endogène ou exogène du soi. Ou pour le dire avec Ricœur et Lévinas, de la catégorisation de l’autre, et du moi en tant qu’autre.

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