Lorsqu’un humain manque de souffle, il s’arrête car il n’arrive plus à avancer. Lorsque nous disons qu’un film manque de souffle, nous entendons qu’il nous a laissé en cours de route, car nous n’avons pas été entraînés par son récit. Nous arrêtons de lire un livre qui manque de souffle. Si nous pensons que l’Europe s’essouffle, ce qui la poussait d’aller de l’avant n’est plus, elle veut en « rester là », ce qui, pour un corps politique comme pour un couple, signifie la rupture.
Le « souffle » est si important que de nombreuses religions désignent par ce terme le principe qui anime leur cosmos, à l’instar de l’atman, dans les religions de l’Inde, ou de Yahve, dans les religions sémites. Même parmi les mots contemporains, dont nous nous servons pour décrire le monde, un terme comme « psychique » renvoie au souffle (psyché).
Lorsque le souffle est rythmé, modulé, et qu’il porte un message, il devient parole. Le souffle subsiste en elle dans la mesure où chaque mot reste aussi une onomatopée.
Un texte n’est que de la parole transcrite : un souffle que tu conserves, et dont tu peux te servir le moment venu pour réanimer des idées. Conserver le souffle de la parole revient ainsi à garder les idées en vie. Prononcer une idée, et l’écrire, revient à lui donner vie.
|
Pour faire référence à ceci: André Ourednik, « souffle » in Wikitractatus, 23.04.2012. abonnement par e-mail | RSS | azoth |