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/le poème dont tu es le héros
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nature

La nature est ce qui dépasse toutes les formulations, qui transcende toutes les structures édifiées, qui devance tous les projets.

La nature s’étend au-delà des murs de la ville et en deçà des barrières profondes qui te séparent de ton inconscient. La nature se peuple des habitants absents du plan urbain quadrillé d’Hippodamos de Milet. Elle est le silence sidéral qui enveloppe les colonies orbitales de la NASA. Elle sommeille dans les slums du Corbusier où la lumière de l’apôtre de la machine ne pénètre pas davantage que les forces de police. Elle couve toujours la révolte et l’irruption du désordre. La nature est ce que l’on ne détermine pas car elle naît de soi et se détermine. La nature est la zone du dehors.

La nature — désolé mon durabiliste — s’échappe aussi de toutes les boucles durables.

La nature n’est ni bonne ni mauvaise. Elle ne fait pas de mal, et l’on ne saurait lui en faire que dans la mesure où l’on s’en distingue. 

La nature est sauvage.

La nature c’est la négation de la totalité. Le ridicule du perpetuum mobile. La forêt obscure. Le soleil ardent qui achève ses réserves d’hydrogène. Ta mort inéluctable. Le désert du paradis.

La nature est l’irruption de l’impensable. L’œuf de l’impossible.

Le scientifique qui dit « nature » s’en sert comme d’un outil de la pensée. Cela réduit la nature, mais permet de l’étudier. En te concevant comme un phénomène naturel, tu te subjectivises en objet et tu te donnes ainsi accès à toi même par la porte de la science.

La nature se révèle enfin dans les manières d’en jouir, dont il y a essentiellement deux. Une manière « négative », où tu jouis de la nature comme absence : l’absence d’humains, l’absence d’artefacts, l’absence d’injonctions à être humain. Et une manière « positive », où tu jouis de la nature comme d’un domaine du possible. 

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